Il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant

Caminante no hay camino, se hace camino al andar

Todo pasa y todo queda,
pero lo nuestro es pasar,
pasar haciendo caminos,
caminos sobre el mar.

Nunca persequí la gloria,
ni dejar en la memoria
de los hombres mi canción;
yo amo los mundos sutiles,
ingrávidos y gentiles,
como pompas de jabón.

Me gusta verlos pintarse
de sol y grana, volar
bajo el cielo azul, temblar
súbitamente y quebrarse…

Nunca perseguí la gloria.

Caminante, son tus huellas
el camino y nada más;
caminante, no hay camino,
se hace camino al andar
.

Al andar se hace camino
y al volver la vista atrás
se ve la senda que nunca
se ha de volver a pisar.

Caminante no hay camino
sino estelas en la mar…

Hace algún tiempo en ese lugar
donde hoy los bosques se visten de espinos
se oyó la voz de un poeta gritar
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »

Golpe a golpe, verso a verso…

Murió el poeta lejos del hogar.
Le cubre el polvo de un país vecino.
Al alejarse le vieron llorar.
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »

Golpe a golpe, verso a verso…

Cuando el jilguero no puede cantar.
Cuando el poeta es un peregrino,
cuando de nada nos sirve rezar.
« Caminante no hay camino,
se hace camino al andar… »

Golpe a golpe, verso a verso.

Antonio Machado, Cantares

Il existe un champ

Out beyond ideas of wrongdoing and rightdoing,
there is a field.
I’ll meet you there.

When the soul lies down in that grass,
the world is too full to talk about.
Ideas, language, even the phrase “each other”
doesn’t make any sense.
The breeze at dawn has secrets to tell you.
Don’t go back to sleep.
You must ask for what you really want.
Don’t go back to sleep.
People are going back and forth
across the doorsillwhere the two worlds touch.
The door is round and open. Don’t go back to sleep

— Jalāl al-Dīn Rumi

Efforcez-vous d’aimer vos questions

« Soyez patient en face de tout ce qui n’est pas résolu dans votre cœur. Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce qui vous serait fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les « vivre ». Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses »

Live your unsolved questions nowIMG_20210315_125518

« Be patient toward all that is unsolved in your heart and try to love the questions themselves, like locked rooms and like books that are now written in a very foreign tongue. Do not now seek the answers, which cannot be given you because you would not be able to live them. And the point is, to live everything. Live the questions now. Perhaps you will then gradually, without noticing it, live along some distant day into the answer”

― Rainer Maria Rilke

L’amour ce n’est pas « je t’aime », mais « moi grâce à toi j’entre dans ma partie folle »

« L’amour ce n’est pas “je t’aime », mais : moi grâce à toi j’ose descendre dans ma partie folle, et toi grâce à moi tu oses descendre dans ta partie folle.
Pourquoi ne fait-on pas l’amour avec tout le monde, Et ceux qui font l’amour avec tout le monde ne le font pas véritablement ? Car pour descendre dans ma partie folle je dois être sûr que quand j’y entrerai, tu m’aideras à en sortir, car ce n’est pas sûr que j’y arrive seul.

Umberto Galimberti

Friedrich Nietzsche : Surhomme et amor fati

«Ma formule pour
la grandeur de l’homme est
amor fati :
que l’on ne veuille
rien avoir différemment,
ni par le passé,
ni par le futur,
de toute éternité.
Il ne faut pas seulement
supporter le nécessaire,
encore moins se le cacher
– tout idéalisme est mensonge
face à la nécessité –,
il faut aussi l’aimer…»

Friedrich Nietzsche

Slavoj Žižek : Love

La perspective provocatrice de l’extrait suivant vise à renverser la vision purement positiviste de l’amour, tout en le situant comme élément essentiel et moteur de l’être humain, ainsi que de l’univers.

Le connoter comme ‘mal’ est, à mon sens, assumer le point de vue de la penséé commune, qui voit la différence de la norme comme un trait à redresser et à placer dans une case.

Si l’on change de perspective, il peut être entendu comme attirance vers ce qui, justement du fait d’être une ‘imperfection’, un éloignement de l’idéal, casse l’équilibre de la forme et nous réveille, nous vitalise et mobilise vers cet élément.
Sa ‘violence’, elle réside dans cette charge d’énergie.

De la même manière, un symptôme, un mal-être, un acte déviant, peut se lire comme émergence d’un déséquilibre dans l’organisation d’un individu, comme appel à retrouver un mouvement vital qui risque autrement de s’endormir. Au lieu de l’entendre comme un problème, comme un ‘mal’, il devient alors une occasion de se redécouvrir.

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« There is nothing basically. But then how do things emerge? (…)
In quantum physics, the idea is that univers is a void, but a kind of positively charged void. And then particular things appear when the balance of the void is disturbed… It’s not just nothing, things are out there. It means something went terribly wrong. That what we call Creation is a kind of cosmic unbalance, cosmic catastrophy. That things exist by mistake… and the only way to counteract it is to assume the mistake and go to the end. And we have a name for this. It’s called Love. Isn’t love precisely this kind of cosmic unbalance? (…)
All of reality it’s just it, it’s stupid, it is out there. Love is an extremely violent act. Love is not I love you all. Love means I pick out something. And It’s again this structure of unbalance. Even if this something is just a small detail, a fragile individual person, I say I love you more than anything else. In this quite formal sens, love is evil »

« Au fond, il n’y a rien. Mais comment les choses émergent-elles ? (…)
En physique quantique, l’idée est que l’univers est un vide, mais une sorte de vide chargé positivement. Et puis des choses particulières apparaissent quand l’équilibre du vide est perturbé… Ce n’est pas juste rien, les choses sont là. Cela veut dire que quelque chose a terriblement mal tourné. Que ce que nous appelons la Création est une sorte de déséquilibre cosmique, de catastrophe cosmique. Que les choses existent par erreur… et la seule façon de le contrecarrer est de supposer l’erreur et d’aller jusqu’au bout.
Et nous avons un nom pour cela. Ça s’appelle l’Amour. L’amour n’est-il pas précisément ce genre de déséquilibre cosmique ? (…)
Toute la réalité, c’est juste ça, c’est stupide, c’est là dehors.
L’amour est un acte extrêmement violent. L’amour n’est pas « je vous aime tous ». L’amour signifie que je choisis quelque chose. Et c’est encore cette structure de déséquilibre.
Même si c’est juste un petit détail, une personne fragile, je dis que je t’aime plus qu’autre chose. Dans ce sens tout à fait formel, l’amour est le mal »

Slavoj Žižek : Fantasy and desire

« What is fantasy? Fantasy does not simply realise desire in hallucinatory way. Il rather constitutes our desire.
It literally teaches us how to desire (…)
Fantasy does not mean: When I desire a strawberry cake and cannot get it in reality, I fantasize about eating it. The problem is rather

How do I know that I desire a strawberry cake in the first place?
This is what fantasy tells me »

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« Qu’est-ce que la fantaisie ?
La fantaisie ne réalise pas simplement le désir de façon hallucinatoire. Elle constitue plutôt notre désir.
Elle nous apprend littéralement à désirer.
La fantaisie ne signifie pas : Quand je désire un gâteau à la fraise et que je ne peux pas l’avoir, je rêve de le manger.
Le problème est plutôt

Comment puis-je savoir que je désire un gâteau à la fraise en premier lieu ? C’est ce que la fantaisie me dit »

Cette citation met en évidence la fonction de la fantaisie de constituer nos désirs, afin que nous ayons déjà une réponse face à l’incertitude de la direction à prendre et de l’objet à rechercher.
Parfois, il arrive que ce soient exactement nos fantaisies, comme des réponses déjà prêtes, à nous empêcher de changer de direction à notre vie, à oser s’écouter et découvrir des changements en nous.