Slavoj Žižek : Love

La perspective provocatrice de l’extrait suivant vise à renverser la vision purement positiviste de l’amour, tout en le situant comme élément essentiel et moteur de l’être humain, ainsi que de l’univers.

Le connoter comme ‘mal’ est, à mon sens, assumer le point de vue de la penséé commune, qui voit la différence de la norme comme un trait à redresser et à placer dans une case.

Si l’on change de perspective, il peut être entendu comme attirance vers ce qui, justement du fait d’être une ‘imperfection’, un éloignement de l’idéal, casse l’équilibre de la forme et nous réveille, nous vitalise et mobilise vers cet élément.
Sa ‘violence’, elle réside dans cette charge d’énergie.

De la même manière, un symptôme, un mal-être, un acte déviant, peut se lire comme émergence d’un déséquilibre dans l’organisation d’un individu, comme appel à retrouver un mouvement vital qui risque autrement de s’endormir. Au lieu de l’entendre comme un problème, comme un ‘mal’, il devient alors une occasion de se redécouvrir.

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« There is nothing basically. But then how do things emerge? (…)
In quantum physics, the idea is that univers is a void, but a kind of positively charged void. And then particular things appear when the balance of the void is disturbed… It’s not just nothing, things are out there. It means something went terribly wrong. That what we call Creation is a kind of cosmic unbalance, cosmic catastrophy. That things exist by mistake… and the only way to counteract it is to assume the mistake and go to the end. And we have a name for this. It’s called Love. Isn’t love precisely this kind of cosmic unbalance? (…)
All of reality it’s just it, it’s stupid, it is out there. Love is an extremely violent act. Love is not I love you all. Love means I pick out something. And It’s again this structure of unbalance. Even if this something is just a small detail, a fragile individual person, I say I love you more than anything else. In this quite formal sens, love is evil »

« Au fond, il n’y a rien. Mais comment les choses émergent-elles ? (…)
En physique quantique, l’idée est que l’univers est un vide, mais une sorte de vide chargé positivement. Et puis des choses particulières apparaissent quand l’équilibre du vide est perturbé… Ce n’est pas juste rien, les choses sont là. Cela veut dire que quelque chose a terriblement mal tourné. Que ce que nous appelons la Création est une sorte de déséquilibre cosmique, de catastrophe cosmique. Que les choses existent par erreur… et la seule façon de le contrecarrer est de supposer l’erreur et d’aller jusqu’au bout.
Et nous avons un nom pour cela. Ça s’appelle l’Amour. L’amour n’est-il pas précisément ce genre de déséquilibre cosmique ? (…)
Toute la réalité, c’est juste ça, c’est stupide, c’est là dehors.
L’amour est un acte extrêmement violent. L’amour n’est pas « je vous aime tous ». L’amour signifie que je choisis quelque chose. Et c’est encore cette structure de déséquilibre.
Même si c’est juste un petit détail, une personne fragile, je dis que je t’aime plus qu’autre chose. Dans ce sens tout à fait formel, l’amour est le mal »

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